Femmes enceintes, faites surface !
 
    
 
        Les capacités d’adaptation de l’organisme féminin à la plongée sportive et professionnelle ne font plus l’objet de discussion. Mais il reste une circonstance où la plongée reste interdite aux femmes : la grossesse.

                Le risque majeur qui interdit la plongée à tous les stades de la grossesse est celui d’accidents aéro-emboliques du placenta. La femme enceinte est plus sensible au froid, à l’effort physique et au stress. Ces facteurs favorisent la survenue d’une maladie de décompression, d’autant que les oedèmes et l’augmentation de la masse adipeuse ralentissent la désaturation en azote. Une “mère plongeuse” peut ne pas faire d’accident de décompression et porter un enfant  qui en subit un. En effet, il n’existe pas de filtre pulmonaire fonctionnel chez le fœtus, puisqu’il réalise ses échanges gazeux au niveau du placenta. Les bulles passent directement dans la circulation artérielle de l’enfant, au niveau des artères du cœur ou du cerveau.
                Conséquences : risque de malformation en début de grossesse, et de mort fœtale à tous les stades. Quand on sait que des bulles ont pu être détectées dans la circulation sanguine après des plongées à six mètres, on comprend qu’il n’est pas question de plonger “pas profond” ou “juste un peu”.
 
 
                     Le paradoxe de l’oxygène.
            
              L’oxygène est indispensable à la vie, mais l’hyperoxie (présence d’oxygène en excès dans le sang) a des effets toxiques pour le fœtus, chez qui elle finit par entraîner une anoxie ou hypoxie (taux d’oxygène insuffisant dans le sang).
                D’après Henry, la quantité de gaz dissous dans un liquide augmente avec la pression. Lors de la descente, l’augmentation de la tension en oxygène dissous dans le sang maternel amène obligatoirement l’augmentation de la tension en oxygène dissous dans le sang du fœtus. Celui-ci est très sensible aux variations de l’oxygène dissous, et il réagit par une diminution de son débit cardiaque, d’où finalement une anoxie. Celle-ci l’expose aux possibilités de malformations, d’hypotrophie (petit poids à la naissance) ou d’interruption de la grossesse. Ce risque est accru si, à la suite d’un accident de décompression chez la mère, des séances de caisson hyperbare sont indispensables.
                Chez l’apneiste, mère et enfant vivant les mêmes agressions pendant neuf mois, les hypoxies répétés chez la mère sont néfastes pour le fœtus.
                Les modifications hormonales induites par la grossesse rendent l’organisme plus sensible au froid, à la fatigue physique. La circulation maternelle s’adaptant plus difficilement, le sang est alors “détourné” vers les organes nobles, comme le cœur et le cerveau, aux dépens de la circulation périphérique, dont la vascularisation utérine. Il en résulte des phénomènes de vasoconstriction au niveau de la circulation utérine, responsable de décollements du placenta, d’hémorragies utérines, et d’interruption de la grossesse.
                La plongée est interdite aux femmes enceintes, quel que soit le terme de la grossesse, et quel que soit le temps ou la profondeur de la plongée. Bien sûr, certaines femmes ont plongé pendant leur grossesse, sans aucun problème. On peut aussi tomber du quinzième étage sans se faire mal. Il est impossible dans ce cas de raisonner en terme de statistiques, ou de parler de pourcentage de femmes enceintes ayant eu ou non des complications en continuant à plonger. Pour celles qui ont un accident, c’est cent pour cent d’échec.
 
                Si l’on envisage les risques encourus par la mère -accidents de décompression, hémorragies - et ceux auxquels elle expose son enfant - malformations, mort fœtale, enfant de petit poids ou naissance en détresse respiratoire - il faut laisser Bébé plonger pendant neuf mois dans son liquide amniotique, sans lui imposer la plongée sportive.
 
                Il est certes difficile pour une femme jeune et sportive de renoncer à son sport favori. Cela dit, la plupart des femmes doivent momentanément abandonner leur pratique sportive pendant la grossesse. Inutile de remiser pour autant ses palmes pour s’adonner au tricot. L’eau ne fait courir aucun risque infectieux gynécologique majeur. L’obstétricien sera ravi d’accoucher une femme à la musculature abdominale et périnéale renforcée par la natation. Les contractions et l’accouchement en seraient facilités, et les suites de couches simplifiées !
   
Quand peut-on replonger après un accouchement ?
Après l’accouchement, il y a un risque réel d’infection qui interdit la mise à l’eau pendant une quinzaine de jours après l’accouchement, ce délai  étant prolongé en cas de déchirure accidentelle, d’épisiotomie ou de césarienne, jusqu’à la cicatrisation complète.
Avant de se précipiter sur son tuba ou sa bouteille, il faut attendre de toute façon une récupération physique totale. Et l’on peut soigner le “baby blues” dans l’eau, mais pas sous l’eau.
 
 
Dr Maia BOVARD     
Plongée Magazine N° 20
Juin / Juillet 1997